Alex Proyas, l’homme-image

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Premier « clap »

Alexander Proyas est un mélange comme le cinéma les aime. Né à Alexandrie en septembre 1963 dans une famille grecque, la tribu s’installe bientôt à Sydney où le jeune « Alex » se prend de passion pour le 7ème art. Il intègre à 17ans l’Australian Film Television and Radio School. Sur les bancs de l’école il rencontre une certaine Jane Campion avec qui il entame une collaboration fructueuse. Il réalisera en tout cinq courts-métrages mais c’est celui de 1980, Groping, qui lui vaudra les premiers coups de projecteurs bienveillants venus d’Australie et d’Angleterre. Du coup il s’embarque pour Los Angeles où il enchaîne les clips et les pubs à un rythme industriel, et pas pour n’importe qui : Propaganda, la boîte de David Fincher et Dominic Sena. Logiquement suivent les longs-métrages : The Crow (1994), Dark City (1998), Garage Days (2002), I.Robot (2004), Prédictions (2009) dans lesquels il développe un univers sombre au couleur d’une science fiction gothico-nocturne et d’un surréalisme post-moderne. Sa capacité à gérer des gros budgets et des films indépendants se vérifie encore dans son dernier opus: Gods of Egypt, une orgie visuelle sur fond de romance impossible dans l’Egypte Antique avec Gerard Butler et Nikolaj Coster-Waldau. L’un des plus grands réalisateurs visuels du moment a accepté de nous révéler quelques secrets dans un dossier spécial mélange des cultures.

Une cuisine du monde

Comme le dit si bien Philippe Etchebest :  » mélanger les saveurs c’est une des clefs pour réussir son plat, à condition de savoir doser « . Dans les années 60, la communauté chrétienne d’Alexandrie est constituée principalement de familles grecques, implantées déjà depuis longtemps sur le territoire. Pourtant, le contexte de l’époque est propice aux conflits. Les jeunes Républiques Arabes cherchent à s’émanciper du joug des anciennes puissances coloniales. C’est l’époque des frictions israëlo-arabe, des nationalisations de masse et de la politique panarabique de Gamal Abdel Nasser. Bien que farouchement opposé aux Frères Musulmans et à leur vision sectaire, Nasser ne peut empêcher de nombreux Grecs-Egyptiens de s’exiler. Les Proyas choisissent l’Australie. Alors le jeune Alex aurait-il pu suivre la même carrière si l’Histoire avait été différente ? Après tout l’Egypte est une terre de cinéma et de musique.

« Eh bien tu sais, je ne parlerai probablement pas anglais ! Ma famille était implantée depuis des centaines d’années en Égypte. La raison pour laquelle les greco-égyptiens sont partis c’est que le régime de l’époque leur rendait la vie difficile. C’est vraiment dommage car on faisait partie de cette culture depuis tellement longtemps… Ceci dit j’ai gardé une grande affinité pour les mythologies de l’Égypte Antique, c’est pour ça que j’ai fait ce film »

Alex Proyas

A Sydney, à l’autre bout du monde et loin de ses racines, Alex se réfugie dans le cinéma. C’est Lawrence d’Arabie, forcément, qui lui colle le virus. Le désert, les étendues sauvages, Omar Sharif et le vent chaud du Sud lui rappelle peut-être la terre de ses ancêtres. Bien qu’il s’en défende quelque peu, son premier long-métrage Spirits of the Air, Gremlins of the Clouds (1989) semble s’inscrire dans la lignée des grands réalisateurs australiens de l’époque comme Russel Mulcahy ou George Miller qui mettent en scène des ambiances fin du monde aux confins de l’Outback. Leur force vient de ce mariage image/son hérité du clip et de cette caméra collée au sol qui écrase le spectateur :

« Nous, les australo-réalisateurs, aimons beaucoup tourner dans le désert, il y en a tellement en Australie ! Peut-être que tu y vois une connexion? A part ça, je ne suis pas sûr d’être d’accord avec toi concernant la ressemblance entre ces films. Spirits était surtout influencé par les westerns américains, principalement ceux de Sergio Leone »

Le culte de l’image

Sting, INXS, Mike Oldfield, Nissan, Nike, Adidas se partagent les talents d’Alex. Sa réputation de maître visuel et son goût pour les effets spéciaux sombres façonnent sa personnalité. En 1994, il signe un court-métrage de 8mn: Book of Dreams: « Welcome to Crateland » c’est dans la foulée que le producteur Ed Pressman lui propose l’adaptation d’une BD signée par un auteur américano-irlandais : James O’Barr, un type dont le talent n’a d’égal que le parcours chaotique.

Quasiment livré à lui-même dès son plus jeune âge, le dessin apparaît à James comme seul exutoire de sa vie de misère. Mais un drame terrible va tragiquement précipiter son destin: un chauffard renverse et tue sa fiancée de l’époque. Sous le choc, James s’engage deux ans dans l’armée et revient avec la ferme intention de se venger, mais entre temps le chauffard est décédé de cause naturelle. Sa frustration, O’Barr va la noyer dans la réalisation d’une BD désormais mondialement célèbre: The Crow. Imprimée en noir et blanc, très proche de l’univers gothique nocturne d’Alex mais aussi lourdement influencé par la musique rock, la première lecture est une révélation. Proyas saisit la balle au bond car comme il le dit lui-même :

« C’était une sorte d’anti-BD. Ce sentiment m’a collé à la peau tout le long du film. A cette époque, la seule véritable adaptation cinéma d’une BD c’était Batman de Tim Burton. J’ai vu The Crow comme une antithèse de ce genre de film et une opportunité de renouveler le genre »

Mais une nouvelle fois, le destin frappe à la porte. L’acteur Brandon Lee, fils du défunt Bruce, meurt tragiquement sur le tournage. Une balle à blanc qui ne l’était pas. James O’Barr y voit sa propre malédiction et décidera de reverser ses royalties dans des organisations internationales venant en aide aux enfants. Depuis il vit simplement dans la banlieue de Detroit avec sa nouvelle compagne.

Pour Proyas c’est la consécration. Le film est un succès planétaire, critique, artistique et financier. Visuellement il colle à la BD grâce à une photo délavée, des teintes crépusculaires et désaturées. Ses travelling pour accompagner le corbeau sur les toits d’immeubles sont restés gravés dans l’inconscient collectif.

Sa capacité à filmer l’action et le drame il va la perfectionner dans Dark City, chef d’oeuvre scénaristique et visuel aux accents steampunk. Son inspiration ?  » Tarkovsky, Fritz Lang, Hitchcock, Sergio Leone, Kubrick, Buñuel, les surréalistes de manière générale. Je leur consacrerai un film un jour ! Et puis Moebius aussi, les auteurs de « l’âge d’or de la science-fiction » comme Arthur C. Clarke, Bradbury, Asimov et tous les autres… »

Encore une fois tourné en studio avec un casting trois étoiles, le réalisateur repousse les limites techniques du genre. La ville se métamorphose en même temps que le regard du spectateur. La réussite du film tient dans la parfaite assimilation de ses références. Le côté polar rétro-moderne, l’accordéon de William Hurt, la beauté fatale de Jennifer Connelly, les effets « d’harmonisation », le contraste violent des éclairages créent un film intimiste mais ambitieux. C’est la marque des grands: vous faire pénétrer dans leur univers dès la première image.

Des affiches et des hommes

Son amour des acteurs est à la hauteur de celui consacré aux affiches. L’affiche de film est un tableau, la signature éternelle de son film. L’acteur quant à lui, incarne le film, il lui donne vie. Alex tourne aussi bien avec Will Smith que Rufus Sewell.

 » Chaque acteur est complètement différent. Je préfère travailler avec ceux qui participent à l’évolution de l’histoire et ont une vision globale du projet. Je respecte également beaucoup les acteurs qui bossent dur pour incarner le meilleur personnage possible. L’affiche, quant à elle, devrait toujours essayer de capter « l’essence » de son film. Je ne veux pas voir simplement la tête d’un acteur célèbre, parce que s’il est célèbre tout le monde saura à quoi s’attendre. L’affiche doit plutôt montrer l’ambiance, l’émotion que j’éprouverai en allant voir le film « .

Alex Proyas

L’affiche est aussi le reflet personnel du réalisateur. On sait immédiatement en regardant l’affiche s’il s’agit d’un initité ou d’un amateur. Pour autant c’est  » toujours extrêmement difficile  » d’obtenir l’affiche que l’on veut à cause des contraintes du distributeur. Pour un réalisateur cela équivaut à obtenir le sacro-saint director’s cut. Alex sait de quoi il parle. Grand collectionneur d’affiches des années 20 à 40, il voue un culte aux classiques, à l’époque où les peintres jouaient un vrai rôle dans la promotion du film :  » Peut-être que l’affiche originale de Metropolis est ma préférée. Je collectionne les vieilles affiches, j’aime leur style, le fait qu’elles soient peintes et pas seulement basées sur des photos, non pas que la photo ne soit pas un art au contraire, mais l’approche moderne avec des photos de stars ne me parle pas, c’est tout. Avec les vieilles affiches, souvent la qualité du film qu’elles représentaient importait peu, ce qui comptait c’était le style de l’artiste qui s’exprimait de lui-même. « 

Et concernant ses propres films ? Sur le DVD français de Dark City les différentes versions d’affiches étaient disponibles:  » J’aime la grande affiche de Dark City réalisée pour la sortie française et que j’ai aperçue à Paris à l’époque. De toutes les affiches de mes films, elle reste ma préférée, encore aujourd’hui « . Son appétit insatiable pour la belle image servie par une belle histoire Alex le satisfait sur ses autres films. On aurait tort de considérer I, Robot ou Prédictions comme de simples œuvres de commande. Même Garage Days est intéressant sur beaucoup d’aspects. Peu de réalisateurs osent s’attaquer à de tels sujet : la musique, Asimov, la fin du monde, les gros budgets, tourner avec un enfant…

Mais alors qui se cache derrière les belles affiches d’Alex ?  » Le département marketing et les distributeurs. Parfois elles sont réalisées de manière parallèle comme la version récente pour l’Imax de Gods of Egypt. C’est devenue une de mes préférées « . Cet aveu n’a rien d’étonnant puisque l’affiche est réalisée pour une Major hollywoodienne certes, mais dans un esprit très indépendant. Palette graphique dans Illustrator et courbes vectorielles, puis exportation dans Photoshop pour les finitions. On est très proche du style Mondo Graphics avec son approche ultra-créative qui plaît tellement aux inités. L’accent est mis sur l’ambiance du film et moins sur le casting. Dans ce magnifique visuel on retrouve la signature de Proyas qu’il travaille depuis les années 80: ambition artistique, souffle narratif et omniprésence de l’effet spécial. Mais si l’affiche occupe une place tellement importante, a-t-il déjà vu un film grâce à elle ?  » Non ! Cela revient un peu à juger un livre sur sa couverture. Cependant, une belle affiche peut m’inciter fortement à voir le film « , eh bien nous aussi mais de préférence en Imax.

affiche imax gods of egypt
© Lionsgate
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les belles affiches

Un collectif passionné par les affiches de films

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