Rencontre avec Guy-Roger Duvert

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On le sait depuis 1902 et Le Voyage dans la Lune de George Méliès, la France est le pays du « genre ». Pas celui de la théorie de Najat Vallaud-Belkacem, mais celui de la science-fiction, du polar, de l’aventure, de l’effet visuel. Le « frenchie » Guy-Roger Duvert, pourtant installé à Los Angeles, revient dans l’hexagone pour tourner sa « Virtual Revolution » dans un Paris post-apocalyptique. Le film a suivi un parcours atypique : auto-produit et financé en grande partie par son auteur, ce dernier doit enfoncer des portes pour trouver des salles car les distributeurs ne se bousculent pas au portillon. Sa détermination parvient néanmoins à convaincre les premiers exploitants et le bouche-à-oreille fonctionne. Visuellement proche de Syd Mead et Avalon, c’est un passionné ouvert et dynamique qui a eu l’amabilité de nous répondre. En plus il aime les affiches et le cinéma français, deux raisons supplémentaires d’aller voir le film.


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Bonjour Guy-Roger, décris-nous brièvement ton parcours.

J’habite à Los Angeles depuis 2012. Je suis compositeur de musiques de films à la base. Ainsi que des musiques de bande-annonces. J’ai notamment composé certaines de Transformers 3, Green Lantern, Prometheus. En tant que réalisateur, après un premier court-métrage passé quasiment inaperçu, j’en ai réalisé un deuxième plus « fantasy » (Cassandra, 2014) qui lui a été un succès dans les festivals ! Plus de 105 sélections et 58 prix remportés ! Malgré ça je n’ai trouvé aucun producteur pour mon long-métrage. J’en ai profité quand même pour monter mon équipe et grâce à un gros contrat musical j’ai pu réunir une partie du budget. C’est donc de l’auto-financement en bonne partie, j’ai même dû m’endetter personnellement, et pour le reste, ce sont des financements privés, amis et famille. Mais à l’arrivée j’ai fait ce que je voulais !

Explique-nous la genèse de Virtual Revolution, comment s’est monté le projet ?

Alors tout remonte à un article que j’ai lu en 2005 sur un jeu vidéo auquel je jouais un peu à l’époque qui s’appelait EverQuest II (Sony Online Entertainment, 2004). Il disait que 25% des « gamers » accordaient plus d’importance à leur vie virtuelle en jeu qu’au réel. Avec l’évolution de la technologie, dont on sait déjà où elle va, avec un niveau de réalisme équivalent à la réalité dans les années 2030, ce chiffre ne peut qu’augmenter, ce qui est le postulat de départ du film.

La première chose qui frappe dans la bande-annonce c’est l’aspect visuel. C’est très riche, explique-nous comment tu as procédé, de la pré-production à la post-production ?

Le concept art est quelque chose de très important. Grâce à lui tu peux donner des indications précises au décorateur, à la costumière, au chef opérateur… J’ai travaillé avec plusieurs artistes talentueux, mais la majorité des concept arts a été faite par Benjamin Sjöberg, avec qui je travaille actuellement sur une BD inspirée de l’univers du film, et qui devrait être terminée pour Noël même si l’éditeur n’est pas encore déterminé. Quant aux prothèses et accessoires j’ai fait appel à Marc Azagury. Et j’avais des décorateurs, des costumières… Ensuite pour la post-prod’ j’ai travaillé avec deux boîtes. La première est française et s’appelle Backlight, pour les vues d’extérieurs depuis l’appartement. Tout le reste du film a été travaillé conjointement avec les américains de BluFire. On a d’ailleurs remporté quatre prix rien que pour les VFX ! Sinon sur les trente jours de tournage, on a tourné une seule fois en studio. Tout le reste s’est fait en décors naturels ici, en région parisienne ! Et je tiens à dire que 95% de l’équipe technique est française !

artwork virtual revolution
© Benjamin Sjöberg & Charles-Henri Vidaud

Comment résumerais-tu ton film en quelques mots ?

Paris 2047. 75% de la population est connectée car elle préfère fuir dans le virtuel en délaissant le réel. Une multitude d’univers sont proposés, mais on en voit deux dans le film : un de type Heroic Fantasy et l’autre post-apocalyptique, plus futuriste. Au milieu tu as Nash, un shadow agent travaillant pour le compte de multinationales, qui est chargé d’éliminer des cyber-terroristes qui menacent le système.

Cela fait penser à Matrix quelque part, ou au cyberpunk de William Gibson…

La différence c’est qu’ici les gens sont consentants, contrairement à Matrix où la population est manipulée. Les gens possèdent encore leur libre-arbitre, et sont parfaitement conscients de la situation ce qui distingue le film de beaucoup d’autres traitant du même sujet comme Matrix, Avalon, Passé Virtuel…

Parlons du « genre » à la française. Tu es la preuve, parmi tant d’autres, qu’on peut en faire ici !

Mais on est le pays de la science fiction! Méliès, Barjavel, Moebius, ce sont les fers de lance du mouvement, et ils sont bien français ! Après il y a eu un courant de snobisme dans les années 70-80 et aujourd’hui, à part quelques exceptions comme Besson, c’est rare de voir des films de SF français sur les écrans. On dirait qu’on complexe par rapport aux américains alors qu’ils récupèrent nos talents pour tourner chez eux ! Ils valorisent à mort notre potentiel ! Regarde Pierre Morel avec Banlieue 13, d’accord il y a des trucs imparfaits dans le scénario, mais sa mise en scène est sublime ! Son film a été encensé aux États-Unis et si tu fais attention, le début de Casino Royale ressemble énormément à celui de Banlieue 13 (un remake sera réalisé aux Etats-Unis par Camille Delamarre avec Paul Walker en 2014, Brick Mansions, NDLR). C’est très révélateur, ici on crache à la gueule des talents axés genre, alors qu’aux États-Unis on les encourage.

Venons en à la distribution. Comment se déroulent les premières séances et quelles sont les réactions ?

Alors au début les distributeurs nous disaient qu’on n’avait aucun potentiel de salles, parce qu’on fait de la « SF » sans Tom Cruise ! En plus on l’a fait nous-mêmes ! Ils ne nous prenaient pas au sérieux… Certains ont néanmoins choisi de montrer ce film différent de la production française habituelle, le Publicis Champs Elysées et le Lucernaire, sur Paris. CGR a été intelligent dans leur approche, ils nous ont programmé dans deux villes avec la possibilité d’augmenter le nombre de villes si les retours étaient bons. Quelques salles indépendantes nous ont également programmé, comme à Berck, Louviers ou Aubagne. Et maintenant, au ratio entrées/copies, pour la journée de démarrage, on est premiers devant Captain Fantastic et l’Odyssée. Quant aux réactions du public elles sont très bonnes, on reçoit pas mal de compliments. Certains sont un peu perturbés car ils s’attendent à un brûlot anti-jeux vidéos alors que le film pose des questions au lieu d’imposer des opinions. En ce sens, il peut déranger mais c’est ce qu’on voulait. Il y a un très bon bouche-à-oreille, j’espère que ça fera évoluer les mentalités.

Parle-nous de ton affiche et des affiches de films en général. Qu’est-ce-qu’elles représentent pour toi ?

J’aime beaucoup ! En fait les distributeurs le disent eux-mêmes : pour vendre un film sa qualité est secondaire, ce qui est quand même triste ! Il faut un bon casting, une bonne bande-annonce et une super affiche. C’est vraiment le « key art » comme on dit, le décisionnel. Pour mon affiche j’ai eu deux premières tentatives qui n’ont pas marché, même s’il y avait des idées intéressantes. Heureusement le troisième graphiste a tout sublimé ! On l’a trouvé en interne, et sa manière de traiter la lumière, les bâtiments… C’est génial de voir comment avec un concept art et des idées ces mecs-là arrivent à construire leurs visuels.

Tes affiches préférées ?

Alors Blade Runner forcément ! Et puis j’aime bien les « dessinées » comme Indiana Jones ou les conceptuelles comme les « teasers » de Watchmen. J’ai aussi adoré celle de Rules of Attraction de Roger Avary.

Les films que tu amènes sur une île déserte ?

Les cultes bien sûr : Blade Runner, Pirates des Caraïbes 2, Inception, Le Seigneur des Anneaux…

Tu as déjà vu un film grâce à son affiche ?

Souvent ! Après j’ai pas forcément de titres qui me vient comme ça, mais je prends souvent le métro alors j’y suis confronté (rires) !

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