Dossier spécial « bad ending »

Avec ce goût amer de fin du monde, de fermetures généralisées et de cinémas en berne, nous nous sommes penchés sur le meilleur des « bad ending movies « . Oui, le genre de films qui laissent des traces et pas toujours bonnes. Fini le « happy end » à la Disney, les comédies-choucroutes remplies de pubs à la française (relire les criminels du 7ème art ici) ou le beauf’ patriotique des franchises Marvel. Dans notre dossier spécial, il n’y a plus de gentils ou de méchants, juste des gens « normaux » coincés dans une impasse sanitaire avec le Diable au commande. Et toujours cette question que se posent les survivants quand la lumière revient : « Eh ben merde ? ! Qu’est-ce-qu’il s’est passé ?…« 



La planète des singes (Franklin Schaffner – 1968)

Origine : États-Unis / Genre : SF/Aventures

La France a tout compris ! Grâce à Pierre Boulle et son génial roman, Franklin adapte une des plus belles fables de science-fiction moderne. Comme Icare, le vaisseau humain du même nom est puni à cause de son orgueil. Il s’écrase car il a voulu tenter l’impossible : traverser l’hyper-espace à la vitesse de la lumière. Du coup les survivants découvrent que les singes ont profité de leur absence pour leur faire à l’envers. Devenus intelligents, ils enferment tout le monde dans des cages et mènent des expériences scientifiques pour étudier les races inférieures. Lueur d’espoir ? Non, la faute à ce plan final totalement génial qui fait grimacer. Et oui, c’est pas à un vieux singe qu’on apprend tout ça tout ça…

La nuit des morts-vivants (George A. Romero – 1968)

Origine : États-Unis / Genre : Horreur

Un bon cru que cette année 68 ! Le choc pour toute une génération hippie, de San Francisco à New York. De Paris à Bombay. Dans le fin fond de la Pennsylvanie, loin de tout le microcosme Hollywoodien et du LSD, George rend un hommage façon « série Z yankee » à la « French New Wave », qu’on retrouvera plus tard dans Massacre à la tronçonneuse. Pas d’effet inutile, du noir et blanc dramatique, des drive-in qui se remplissent et du sang animal 100% anti-vegan. George donne le rôle principal à un noir, enferme des inconnus dans un cimetière et filme un matricide à la truelle. Forcément tout va de travers et le seul qu’on devrait écouter c’est le blanc, un petit gros, lâche et agressif. Du coup ça se termine mal.

L’exorciste (William Friedkin – 1974)

Origine : États-Unis / Genre : Epouvante/Drame

D’après la paire de rigolos Friedkin-Blatty (RIP), le film n’est pas un « downer« . Autrement dit, on n’aurait rien pigé : L’exorciste ne serait pas un film nihiliste qui fout la nausée. Pourtant, l’exigence artistique et la maladie du détail du réalisateur forcent l’admiration, surtout à l’heure où l’industrie-cinéma semble bloquée sur des schémas simplistes et routiniers. William n’hésite pas à tourner à Mossoul en Irak, secoue une fillette comme un prunier, jette Ellen Burstyn contre un mur et tire des coups de feu pour aider le prêtre à mieux jouer. Le film est glacial comme l’hiver de Washington, sans fard, sans stars ni packaging glamour. Et la fin ? Aussi crue que le thème principal de Mike Oldfield, mais avec un truc cassé pour toujours à l’intérieur.


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Des agences, des réalisateurs, des producteurs, des monteurs parlent d’affiches de film. C’est rare et c’est gratuit alors on profite !


The Thing (John Carpenter – 1982)

Origine : États-Unis / Genre : Drame/Horreur/Fantastique

Avec le recul on remarque que deux des personnages du film s’appellent « Mac » et « Windows », comme les deux firmes ayant déclaré la guerre à l’intelligence humaine. « La Chose » c’est surtout un Maître du fantastique « bis » qui tourne une pépite nihiliste avec une fin de non-recevoir par -20°. John a compris que le « survivor » ne doit pas BIEN se terminer. Il doit se terminer tout court, avec des points de suspension et libre à l’audience d’imaginer sa propre fin. Hommage donc, à une intelligence du public trop rarement flattée. La faute à la technologie sans doute…

Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper – 1982)

Origine : États-Unis / Genre : Drame/Horreur

Malgré son titre abominable, le film du hippie texan ressemble énormément à la nouvelle vague française : tournage en extérieur, « jump cut », budget à l’arrache et photo crue pour actrices non maquillées. Sans forcément le savoir, le sympathique Tobe prend le contrepied de toute la Mecque Hollywoodienne pour les décennies à venir. En suggérant plus qu’il ne montre, son montage « à vif » nous entraîne dans une hystérie collective dont on sort épuisé, vidé, à l’image du plan final avec la tronçonneuse qui tourne dans le vide. Comme ça, juste pour la rage et la frustration.

Impitoyable (Clint Eastwood – 1992)

Origine : États-Unis / Genre : Western

(voir dossier spécial années 90 : les meilleurs films)

Pas d’héroïsme à la John Wayne ou de charme à la Kevin Costner. Pas d’indien farouches non plus ou de shériff incorruptible. Impitoyable c’est la fin des westerns, la proposition finale du dernier Empereur d’Hollywood. Sa version de l’Ouest profond, avec les bouseux, les putes et les menteurs. Oh bien sûr il y aura d’autre westerns derrière, mais la mine antipersonnel de Clint Eastwood s’inscrit dans le dur, à l’image de cette scène finale noire comme l’ébène, une scène que l’on attendait avec appréhension et qui arrive, forcément. Un accouchement au forceps, nocturne et violent.

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Tueurs Nés (Oliver Stone – 1994)

Origine : États-Unis / Genre : Drame/Thriller

Le plan final est magique : le camping-car de bouseux qui file vers nulle part avec la musique lugubre de Leonard Cohen. Même si Tarantino désavoue le film qu’il a pourtant écrit, Stone l’a immortalisé dans l’acide. Chacun son avis : brûlot nihiliste visuellement génial (voir dossier spécial années 90 : les meilleurs films) ou arnaque artistique totale. C’est surtout une photo formidable des années 90 : incertitude du lendemain, grosse créativité et drame à tous les étages. Le seul et meilleur rôle de composition de Woody Harrelson qui depuis, tapine dans des grosses prod’ pour ados sous-cultivés.

Se7en (David Fincher – 1996)

Origine : États-Unis / Genre : Polar/Thriller

Toute la filmo de David Fincher pourrait faire partie du dossier tant les fins du Monsieur sont « dark ». Plutôt rare dans le milieu très policé du cinéma qu’un réalisateur aussi « bankable » et tourneur de stars puisse se permettre de terminer ses films en mode « plus rien à foutre ». Se7en c’est humide, crado, poisseux, glauque mais surtout diablement esthétique. Une histoire inventée de toute pièce par un employé anonyme et frustré de la Tower Records qui enverra le tout à David Koepp. Un film qui marque l’année 96 dans le gore et le punk avec une triple révélation : Fincher – Walker – Pitt.

Requiem for a Dream (Daren Aronofsky – 2001)

Origine : États-Unis / Genre : Drame

> Relire l’article « On refait l’affiche de Mother! vs. Black Swan

Alors là c’est très simple, dans le Monde Ancien avec des vraies salles ouvertes et des gens qui respiraient normalement, lorsque la lumière se rallumait, tout le monde avait le souffle coupé. Et sans virus. La faute à un montage ultra « cut », une musique déstructurée et l’enfer de la drogue qui pique comme une seringue. Requiem for a Dream c’est un test cardio que chacun interprétera comme bon (ou mal) lui semble. Mais c’est surtout une descente inéluctable vers la morgue et la folie qui prouve que finalement, on pouvait adapter correctement des livres au cinéma.


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Irréversible (Gaspard Noé – 2002)

Origine : France / Genre : Drame

Mais oui même en France on peut produire du trash et du « no future » avec du style ! Oui, on peut produire du grand cinéma « social » qui divise. Pialat et Blier l’avait fait bien avant. Oui, on peut se payer un casting 3 étoiles et le laisser faire. Du coup, le film en mode équation non linéaire du second degré tourne en boucle. On subit, impuissant et voyeur, un film d’art et d’essai sans issue ni message particulier. Il commence par la fin et sa vraie-fausse dernière image d’un parc verdoyant nous oblige à refaire le match… à l’endroit à l’envers, en fonction des goûts.

28 jours plus tard (Danny Boyle – 2003)

Origine : Angleterre / Genre : Horreur/Drame

On ne le dira jamais assez : le début et la fin d’un film, comme dans un livre, font l’objet d’une attention particulière. Comment faire rentrer le public en 3sec. chrono dans un univers, le faire adhérer et le dépouiller à la sortie ? C’est aussi la réflexion menée par toutes les agences marketing. Alors notre ami Danny le british s’est posé la même question. Au final qu’est-ce-qu’on a ? Quatre fins envisagées ! L’officielle plutôt gentille qu’on a tous subi, et les trois autres beaucoup plus « dark » mais non validées par le marketing. Reste les bonus du DVD, et puis cette image numérique inédite, ce grain dégueu et la musique de fin du monde de Brian Eno.

Old Boy (Park Chan-Wook – 2004)

Origine : Corée du Sud / Genre : Drame/Thriller

Difficile de trouver mieux (ou pire) dans le glauque rude et violent. Des thèmes casses-gueules très rarement portés à l’écran. En mode nocturne, le nord-coréen Park Chan-Wook nous entraine de force dans les méandres d’un esprit malade en proie à des démons en forme d’équations non linéaires sans solution. Comme quoi, le confinement n’a jamais soigné personne, et à la sortie mieux vaut respecter les distances. Le film culte de Didier Raoult.


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Des contenus à lire et partager pour le plaisir des yeux en attendant qu’on soit tous vacciné.e.s pour revenir en salle de réanimation


Saw (James Wan – 2005)

Origine : Australie – États-Unis / Genre : Drame/Thriller

Vu comme ça, cette sympathique série B en apparence sans prétention pourrait passer inaperçue. Et puis on a envie de la revoir, par plaisir sado-maso sans doute. Du coup on (re)découvre toute la perversité des pièges, le fatalisme, le Mal toujours plus intelligent que le Bien et cette musique industrielle en mode « loop » de Charlie Clouser. On découvre aussi un cinéaste-technicien capable du meilleur comme du pire, mais qui sur le moment a su nous gruger du début à la fin. Un huis-clos au goût de sang et de tragédie grecque.

Cellule 211 (Daniel Monzón – 2009)

Origine : Espagne / Genre : Drame/Thriller

De son titre original « Celda dos cientos y once« , tiré du roman de l’andalou Francisco Pérez Gandul, cet OVNI ibérique est à ranger au côté de REC et Ouvre les yeux. Mais les espagnols sont des malins, leur langue en soi est un bâton de dynamite, et la crise économique a favorisé la créativité des survivants. Du coup, sur un coin de table et entre deux pintxos, le natif des Baléares Daniel Monzón renvoie tous les films de prison derrière les barreaux. A priori c’est du classique : prison, insurrection, règle des clans et bleu bite en perdition. En vrai : les calculs politiques, les alliances-désalliances, la famille qui explose et le plus faible y laisse sa peau. Et la vie des prisonniers restera toujours la même.

Hérédité (Ari Aster – 2018)

Origine : États-Unis / Genre : Horreur

Souvent, le « jeune » réalisateur doué qui crève l’écran dès le premier film est mal perçu. Le syndrome du singe savant ? Trop bobo mégalo ? Trop prétentieux ? Pas assez de vécu ? Il n’y a pas si longtemps, quand les cinémas existaient, on en croisait beaucoup des surdoués surgis de nulle part : Wan, Eggers, David Robert Mitchell, Aronofsky, Noé, Jan Kounen (relire l’histoire de l’affiche du Dobermann ici). Le new-yorkais Ari Aster débarque comme ses camarades de promo avec des films en tire-bouchon et sans espoir de réconciliation : Midsommar et Hérédité, à vous dégouter de réserver un logement sur Airbnb. Si vous cherchez la sortie de secours, la porte est condamnée.

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