Agence (tout) RYSK

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L’agence de création d’affiches de films Rysk est à l’origine des plus belles affiches de cinéma de l’hexagone : Mad Max Fury Road, Dheepan, Mon Roi, The Tale of Tales… le célèbre directeur artistique Rageman en est à l’origine avec Claire Safronoff et Nicolas Cléry-Melin. Le trio transforme les couloirs de métro en salle d’exposition. C’est bien beau tout ça mais comment font-ils ? Quels sont leurs secrets ? Et qui se cachent derrière les murs de votre cinéma préféré ? Nous sommes allés leur demander.


nicolas clery melin agence rysk

Nicolas Cléry-Melin (directeur artistique)

– Agence Rysk

Bonjour Nicolas. Comment en êtes-vous arrivé à faire le métier que vous faites ?

J’ai suivi des études de Communication Visuelle aux Arts Décoratifs de Paris. Après avoir réalisé de nombreux sites Internet et génériques pour le cinéma et la télévision, j’ai rencontré mes associés Rageman et Claire Safronoff et fondé « RYSK », cela a été pour moi le début de la création d’affiches.

Derrière une affiche de cinéma, il y a tout un plan de communication et de promotion. Quels genres de supports êtes-vous amenés à produire dans ce cadre-là avec votre équipe ?

Notre domaine d’expertise est la création d’affiches, qu’elles soient imprimées ou animées. Nous créons également des génériques.

Pouvez-vous nous raconter le processus de création d’une affiche et quelle partie vous préférez ?

L’affiche est toujours le fruit d’une rencontre. Qu’il s’agisse du distributeur, du producteur ou du réalisateur, c’est avant tout notre échange sur le film qui donne la direction à suivre. Idéalement, après avoir mûri notre échange de départ, nous présentons nos idées sous forme de dessins préparatoires et recherchons des photographes en vue d’une séance avec les comédiens que nous dirigeons. Une fois les photos récupérées, nous retravaillons les images, créons un logo et finalisons le ou les visuels.

Le rendu esthétique de vos affiches est assez exceptionnel. Sans révéler non plus vos secrets professionnels, comment parvenez-vous à obtenir ces effets ?

Merci ! Ce que nous appelons le « traitement » d’image est un long processus qui implique toutes les disciplines du graphisme, cela va du montage photographique à l’étalonnage en passant par le travail des textures, la lumière, la retouche, sans parler bien sûr de la typographie. C’est un travail passionnant qui demande un vrai goût du détail.

En général, il faut combien de temps pour produire le visuel final ?

C’est totalement variable, il y a beaucoup de paramètres tels que le matériel à disposition, l’importance du film pour les commanditaires. Cela peut aller de quelques heures à quelques… années ! (rires)

S’il ne devait rester qu’une affiche de votre agence, laquelle choisiriez-vous ?

Je pense que notre affiche la plus réussie est celle de Polisse de Maïwenn, qui dépasse la simple narration du film avec un concept fort.

affiche de polisse par agence Rysk
Affiche de Polisse, film de Maïwenn

Les affiches de films sont incontournables et le public les côtoie tous les jours mais on parle peu des créatifs qui en sont à l’origine. Vous aimeriez justement occuper le haut de l’affiche ? Ou vous préférez rester dans la discrétion ?

C’est effectivement un métier de l’ombre qui nous convient très bien même si le statut de graphiste ou de directeur artistique est parfois sous estimé.

Dernièrement, quelles affiches (françaises ou étrangères) vous ont impressionné, dans le bon sens bien sûr ? Interdiction de citer celles de l’agence !

L’affiche teaser de Inherent Vice est sublime.


Lire l’analyse de la belle affiche d’Inherent Vice (Paul Thomas Anderson – 2014)


L’affiche dont vous êtes amoureux ?

Sans hésiter celle de E.T.

Avez-vous déjà vu un film grâce à son affiche, comme ça sans le connaître ?

Jamais !

Et une belle affiche fait-elle un bon film ?

Malheureusement pas, d’ailleurs un bon film ne fait pas toujours une bonne affiche.


claire safronoff agence rysk

Claire Safronoff (directrice)

– Agence Rysk

Bonjour Claire. Il y a « Yabara » mais aussi « RYSK ». Quelle est la différence et pouvez-nous nous retracer l’historique de l’agence ?

J’ai créé Yabara en 2006. Je venais de quitter Europacorp ou j’ai fait mes armes. J’ai commencé par faire de l’événementiel et progressivement, mon activité a glissé vers les campagnes de cinéma. Le premier à m’avoir donné ma chance dans ce secteur fut Sébastien Careil, directeur marketing de SND. Quant à Rysk, sa création date de 2009. Nous sommes trois associés : moi, Rageman et Nicolas Cléry-Melin qui m’accompagnent dans cette aventure. Ils avaient eux aussi déjà créé leur agence avec Kingshoko. L’idée était de créer un collectif qui met en avant nos diverses compétences telles que création de visuels, d’identités, de génériques, fabrications… permettant ainsi de proposer une offre complète et cohérente.

Dans la campagne de promotion d’un film, qui « pèse » le plus lourd dans le choix du visuel final ? Un réalisateur ? Un distributeur ? Un acteur ?

Je dirais le distributeur qui est notre client direct et quasi notre seul interlocuteur. Mais il est indéniable que le producteur a son point de vue, sa vision et son mot à dire. Il participe grandement à la construction du projet. Parfois, nous sommes en contact direct avec lui, mais généralement, c’est au travers du distributeur. Le réalisateur intervient aussi mais nous ne le voyons pas toujours. C’est plus dans un 2ème temps pour finaliser, caler…C’est une généralité car il arrive bien sûr que le réalisateur sache en amont ce qu’il veut comme concept. Quant aux acteurs, ils interviennent le plus souvent via leurs agents pour valider leur photo, leur profil, retouches beauté…

De manière générale, ce sont les clients qui viennent à vous ou c’est vous qui allez vers eux ?

Aujourd’hui, ce sont souvent eux.

De combien de films par an assurez-vous la promotion ?

En moyenne, une bonne trentaine.

Certains réalisateurs que nous avons interrogés regrettent parfois de n’avoir qu’un simple « droit de regard » sur les affiches choisies par le distributeur. Alors selon vous qui doit ou qui devrait avoir le dernier mot ?

Celui qui paie !! (rires). Trêve de plaisanterie, c’est impossible de vous répondre. Cela doit être un échange de points de vue entre les créatifs, le marketing, le réalisateur, les producteurs…

Pensez-vous que le marché de l’affiche en France est suffisamment bien représenté ?

Pas assez valorisé à mon goût et les créations sont mal protégées. Il n’y a pas une sorte de SACEM pour les graphistes.

Racontez-nous une journée type de l’agence.

Vous allez être très déçu car c’est assez classique au final. On arrive le matin et on se fait souvent des points des encours et des travaux de la journée. On n’arrive jamais à tout finaliser car des urgences se greffent forcément ! Chacun sait ce qu’il doit faire et fonce. Les graphistes mettent leur casque et bossent en musique dans leur bulle pour plus de concentration. Pour ma part, je me balade au milieu de tout ça pour échanger et faire souvent le lien avec les clients. Je profite du déjeuner pour faire de l’administratif en toute quiétude. Nous avons la chance de tous nous entendre très bien, d’être dans une ambiance chaleureuse et festive. On travaille dur mais dans la bonne humeur et la bienveillance.

D’un point de vue professionnel, quel moment vous n’oublierez jamais ?

Je préfère me taire pour ne pas vexer. Mais je dirais les clients qui nous ont plantés au moment des règlements, ça ne s’oublie pas ! Ils se reconnaîtront !

Dans le monde du cinéma, la personne qui vous a le plus marquée et pourquoi ?

Luc Besson. Le jour ou je lui ai annoncé ma démission en 2006 pour monter mon agence, il m’a proposé d’être mon associé !

L’affiche dont vous êtes amoureuse ?

N’en citer qu’une est impossible mais je suis dingue de Enter the Void, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Scarface, E.T, Le Bal des Actrices… Celles de Saul Bass sont divines. Et il faut reconnaître que les visuels des films d’horreur sont bien souvent étonnants et impactants.

Les affiches font souvent l’objet de réadaptation, voire de refonte totale en fonction des pays où le film est distribué. Pourquoi ?Si le film est une licence bien chartée ou si le client estime que le visuel est nickel, il n’y aura aucune modification, mise à part la mise aux formats français sur des gabarits différents, au changement de chromies qu’exigent les imprimeurs et afficheurs français. C’est ce qu’on appelle de la localisation. Par contre, nos clients peuvent nous demander de changer certaines cromies, cadrages, visages, titres, de mettre plus en avant un acteur plutôt qu’un autre car plus connu en France, ils estiment que le public français serait plus à même d’être dans la cible. Que ce serait plus fort en terme de marketing. Typiquement, ce qu’on a fait sur Enfant 44 où le visuel a été refait quasi-complétement, avec des visuels des acteurs les plus connus en France ! Parfois, on ne l’utilise pas du tout car le client n’en a pas acheté les droits pour l’utilisation en France car trop chers ou parce qu’il ne conviendrait absolument pas au Marché français. Dans ce cas, on change complétement de visuel et de brief.

Y a-t-il une version étrangère de vos affiches qui vous a surpris ? Positivement ou pas ?

Aucune pour la simple raison qu’on ne voit pas vraiment ce qu’il se passe une fois les droits vendus à l’étranger. Il faudrait faire de la pige ou demander à chaque fois que les territoires nous envoient leur version… Trop d’énergie !

Existe-t-il un pays qui accorde plus d’importance à ses affiches, où c’est juste « chacun ses goûts » ?

Je ne sais pas partout dans le monde, mais en France, le visuel a encore beaucoup d’importance pour une raison bien compréhensible : la publicité cinéma n’est pas toujours pas autorisée à la TV. Du coup, les distributeurs font encore pas mal d’achat d’espaces publicitaires en affichage urbain ou salles. De même pour les écrans animés LED ou PLASMA dans les salles, aéroports, gares…on met des éléments du FA mais on a besoin de mixer cela avec le visuel pour bien identifier le film et être en harmonie avec le plan média. Idem sur le net, pour des habillages, bannières. Il faut bien partir d’un visuel ? Alors oui, il y a moins de déclinaisons qu’avant avec l’arrivée des nouveaux médias et/ou réseaux, mais le visuel reste essentiel en France.

affiche enfant 44
Déclinaison de l’affiche Enfant 44
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les belles affiches

Un collectif passionné par les affiches de films

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