Le film français 2.0

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Tel un tsunami parti du fond de l’océan, une déferlante de jeunes réalisateurs français inonde de son talent les quatre coins du globe. Certains sont déjà confirmés par plusieurs long-métrages, d’autres font vibrer le public avec des courts en guise d’apéritif au caviar. Leurs points communs : une expression libre, des affiches qui claquent, des références bien digérées, Internet comme outil de communication, le crowdfunding comme financement et pas mal de systèmes D pour mettre au monde des films véhiculant des thèmes jusqu’alors propriété exclusive des Anglo-Saxons. Non, le film de genre n’est plus leur terrain de chasse réservé, il faudra compter dans les années qui viennent avec la fine fleur du drapeau tricolore. Si l’on en juge par la quantité de festivals et de récompenses ramassées c’est de bon augure pour l’avenir de la « french touch ». Rapide clic de souris sur un « top 10 » non exhaustif de la rédac’.


Ni le ciel ni la terre – Clément Cogitore, 2015

L’affiche c’est la clef du film : le graphisme si particulier de la vision nocturne avec son grain flou et ses mystères impénétrables. Premier long du jeune colmarien Clément Cogitore. Fan avoué de Werner Herzog et Andreï Tarkovsky, son film est l’illustration d’une réussite quasi linéaire : coécrit par Thomas Bidegain, interprété par Jérémie Rénier, tourné au Maroc, distribué par Diaphana, affiché par Le Cercle Noir puis présenté à la Semaine de la Critique cannoise, la presse est unanimement positive. Plasticien de formation, Clément plante pourtant sa caméra dans un genre ultra codifié et rare en France: le « survivor ». Heureusement il a bien digéré ses (nombreuses) références et parvient à imprimer sa marque sur du textile 100% afghan.

French touch : trek survivor façon Bear Grylls saupoudré d’ésotérisme tribal à la Jan Kounen. Joli.

Festivals : Festival de Cannes (France), Semaine de la Critique de Cannes (France), Festival du film francophone de Namur (France), Motovun (Croatie), Etrange Festival (France), Sitges (Espagne), Moreilla International Film Festival (Mexique), Helsinki International Film Festival (Finlande), Jagran Film Festival (Inde), Peace & Love Film Festival (Suède), Cinematik International Film Festival (Slovaquie), International French Film Festival (Roumanie), Torino International Film Festival (Italie), Fancine International Film Festival (Espagne), European Fantastic International Film Festival (France), Ostende International Film Festival (Belgique), Cinemania French Film Festival (Canada), Gent International Film Festival (Belgique), Warsaw International Film Festival (Pologne)

Lauriers récoltés : Prix découverte (Namur, 2015), Prix de la Fondation GAN pour le Cinéma (Cannes, 2015), Best Film Award (Zagreb, 2015), Best Film Award & Best Actor Award (Obrero, 2015)

Dealer – Jean-Luc Herbulot, 2015

La rue c’est la galère et elle traverse le film de part en part. Le grain c’est Daren Aronofsky dans ses ruelles de Brooklyn quand il tournait Pi. L’affiche néo-communiste texture grunge est signée Julien Lemoine de l’agence Rysk. Urbain, dur, sombre, cru, « le milieu de la drogue n’est pas du tout cinématographique » dixit l’acteur/producteur Dan Bronchinson. Pourtant sa volonté va lui permettre de monter le film envers et contre tout avec l’aide de son réalisateur : Jean-Luc Herbulot. Les dessous d’un deal de drogue dans le Paris du verso de la carte postale. Un film maudit ? Oui puisque le festival des Maudits Films lui décernera sa « Malédiction du Public », ça ne s’invente pas.

French touch : Danny Boyle et Ken Loach veulent nous faire croire que la drogue ne circule qu’au Royaume Uni. Merci au duo Bronchinson/Herbulot pour le rappel douloureux.

Festivals : Les Maudits Films (France), Festival Pan-Africain de Cannes (France), Fantasia Montreal Film Festival (Canada), Raindance Londres Festival (Angleterre), L’Etrange Festival (France), Heimspiel Film Festival (Allemagne), Durban International Film Festival (Afrique du Sud), Bruxelles BIFFF (Belgique), Hallucinations Collectives (France), Fantaspoa Film Festival (Brésil), Festival Policier de Liège (Belgique)

Lauriers récoltés : Prix du Public (Hallucinations Collectives Grenoble, 2015), Prix Spécial du Jury et Mention Spéciale d’interprétation (Cannes, 2015)

Night Fare – Julien Seri, 2015

Lire l’interview du réalisateur ici

Comme dit Sauron dans Le Seigneur des Anneaux : « Il n’y a pas de vie dans le néant« , à croire qu’en France il n’y a pas de films d’action sans Luc Besson. Après Yamakasi et Scorpion, Julien revient de loin et prouve que si, il y a bien une vie après EuropaCorp. Pied de nez à UbberPop et thriller urbain rétro-nocturne avec Jonathan « Thor » Howard coincé dans un taxi parisien psychorigide. C’est beau comme les deux affiches signées Philippe Vallet et Diez Dedos, rejoint plus tard par des élèves de Penninghen : Isabelle Souchon et Gabriel Barbier. Double exposition, texture trash et éclairage John Carpenter. Sans oublier la Chrysler, vrai héros du film.

French touch : course poursuite entre Michael Mann et William Friedkin, mais le premier sur la photo d’arrivée c’est Julien Seri.

Festivals : Buchéon (Corée du Sud), Fantasy (Allemagne), Polish Suspense Festival (Pologne), Frightfest (Angleterre), Motel X (Portugal), Slash (Autriche), Mile High Horror (Etats-Unis), Sitges (Espagne), Monsters of Festivals (Suède), Leeds (Angleterre), RazoReel (Benelux), Ithaca Horror Film Festival (Etats-Unis), Molins Horror Festival (Espagne)

Lauriers récoltés : Meilleur Film (Denver, 2015)

La Lisière – Simon Saulnier, 2015

Le court-métrage est un exercice difficile mais nécessaire. Tous les grands y ont recours. Poser son univers en un quart d’heure, digérer ses références, réunir une équipe, trouver des fonds, véhiculer des thèmes… dans La Lisière on a un peu tout ça. Graphiquement très au point, le film est servi par une musique magistrale d’Alex Cortès, une belle affiche griffée Columboy et des effets numériques Mc Guff Ligne. Dans la forêt on retrouve l’excellent Saïd Amadis (Fort Saganne, OSS 117) et la belle Ouidad Elma (Plan B, L’amante du Rif) qui survivent en bouffant des racines bouillies et du gibier de fortune avant que la gamine ne s’échappe pour suivre un plan initiatique. Simon quant à lui est parti à la chasse aux festivals, on attend la sauce au laurier incessamment sous peu.

French touch : la technique est au point. En France on a Mc Guff Ligne, Indigènes Production et Buff Company quand même.

Festivals : HollyShort Film Festival (Etats-Unis, 2015), SITGES (Espagne, 2015), Rugged Phoenix Underground Film Festival (Etats-Unis, 2015), New York Independant Film Festival (Etats-Unis, 2015), Wasteland (Etats-Unis, 2015), Lund Fantastic Film Festival (Suède, 2015), Effets Stars (France, 2015), Buenos Aires Rojo Sangre (Argentine, 2015)

Lauriers récoltés : Best Director (Phoenix, 2015)

Les frémissements du thé – Marc Fouchard, 2014

Maestro de la pub et habitué des grandes marques, l’ex motion designer et talentueux Marc Fouchard s’attaque au court-métrage. Laissant Miss Dior au placard, il pose sa caméra sombre dans une épicerie du nord de la France. Les gros plans et l’ambiance pesante nous oblige à suivre Léon Garel, le skinhead, qui n’est pas sans rappeler le Russel Crowe de Romper Stomper. On pense inévitablement à Un Français d’Alain « Diastème » Dias bien que celui-ci soit sorti après. L’affiche réalisée par son réalisateur joue sur une symbolique forte avec son poing White Power et sa croix celtique. On note aussi la subtile touche bleu blanc rouge en mode rétro.

French touch : Geoffrey Wright, Joel Schumacher et Alex Proyas aiment les gros plans sur cheveux rasés. Marc Fouchard aussi.

Festivals : une grosse soixantaine dont Tribeca, les Lift-Off et le HollyShort !

Lauriers récoltés : Grand Prize for Best Narrative Short (Heartland Film Festival, 2015), Audience Award for the Best Live Action Short (Palm Springs, 2015), Best Narrative Short (Newport Beach, 2015), First Place Narrative Award (Dallas, 2015), Best Narrative Live Action (Los Angeles, 2015), Best Live Action Short (Alberta, 2015), Special Mention Award (Liverpool, 2015), Prix du Jury Jeunes & Prix du Jury Adultes (Alès, 2015), Prix des Grandes Ecoles & des Lycéens au festival du film francophone (Vaulx-en-Velin, 2015), Special Mention Award (Las Vegas, 2015), Best Overall Film « People for Peace » (Sydney, 2015), Prix de la mise en scène & d’interprétation masculine (Jouy-en-Josas, 2015), Prix du Public « Faites des Courts » (Brie-Comte-Robert, 2015), Prix du Public L’escurial (Paris, 2015), International Awards of Outstanding Excellence (Jakarta, 2015), Prix du Public (St-Paul-Trois-Châteaux, 2015), Panavision Award for Best Director (New York, 2015)

Kosmodrome – Youcef Mahmoudi, 2014

L’anticipation est un genre à part, avec son style expérimental le réalisateur passe souvent pour un pseudo-scientifique prétentieux et loufoque. Levez la main ceux qui ont aimé les courts-métrages de David Lynch ? Celui de Youcef Mahmoudi se revoit plusieurs fois. Il est avant tout un travail sur le son, le casting (les comédiens sont principalement débutants) et le génie du cadrage (la région niçoise se transforme en Sibérie soviétique). SF hybride, diamant brut, ovni dans le ciel de la Côte d’Azur, Kosmodrome c’est la mise en image du talent précoce de son réalisateur accompagné d’un univers cinéphile et de références littéraires. A Hollywood on lui a remis le prix du meilleur film international. Et le graphiste dans tout ça ? Une russe bien sûr : Daria Artamonova.

French touch : Kasparov, Chris Marker et Kubrick s’invitent sur la Promenade des Anglais, pourtant au générique c’est Youcef Mahmoudi qu’on retrouve.

Festivals : The Philip K. Dick Film Festival (Etats-Unis, 2015), Paris Independent Film Festival (France, 2015), HollyShorts Film Festival (Etats-Unis, 2014), Short Film Corner (France, 2014), Newport Beach Film Festival (Etats-Unis, 2014), Trieste Science+Fiction – Festival della Fantascienza (Italie, 2014), Filmfestival Kitzbühel (Autriche, 2015), Hong Kong Pineapple Underground Film Festival (Chine, 2015), Samain du cinéma fantastique (France, 2014), Fantafestival (Italie, 2014), Festival Le Cinéma français aujourd’hui en Russie (Russie, 2014), The Art of Brooklyn Film Festival (Etats-Unis, 2014), Gen Con Film Festival (Etats-Unis, 2014), Zero Film Festival (Canada, 2014), Fargo Fantastic Film Festival (Etats-Unis, 2014), Best Shorts Award Competition (Etats‐Unis, 2014) Accolade Global Film Competition (Etats‐Unis, 2015), The Indie Fest (Etats‐Unis, 2015)

Lauriers récoltés : Meilleur Court-Métrage de Science-Fiction (Paris, 2015), Meilleur Court Métrage International (Hollywood, 2014), Meilleur Court Métrage (Nice, 2014), 3 prix du Mérite dans la catégorie Court Métrage (San Diego, 2014/2015)

« O » – July Allard, 2014

La seule femme de notre répertoire qui offre le premier rôle à… une femme. Simple délire féministe ? Non, plutôt une vision autre de la SF made in France avec des accents proches de Terrence Malick, David Lynch et Mike Cahill. July filme avec légèreté un clair/obscur d’histoires emboîtées les unes dans les autres sans en faire trop niveau effet spéciaux, se paye quand même Todd Warren (l’ingé-son de Vincenzo Natali) et conçoit elle-même son affiche. Son court-métrage parle d’une infinité d’univers et ça tombe bien puisqu’il fait le tour du monde.

French touch : trip hypno-cosmique avec une touche féminine, rare mélange dans le domaine du court métrage.

Festivals : Spotlight Film Awards (Etats-Unis, 2015), Short Film Corner (France, 2014), Best Shorts Award Competition (Etats-Unis, 2014), Berlin Short Film Festival (Allemagne, 2014), Orlando Film Festival (Etats-Unis, 2014), Accolade Global Film Competition (Etats‐Unis, 2014), The Indie Fest (Etats-Unis, 2015), Toronto Independent Film Festival (Canada, 2015), Unreal Film Festival (Etats-Unis, 2015), The Philip K. Dick Film Festival (Etats‐Unis, France, Pologne, 2015), Paris Independent Film Festival (France, 2015)

Lauriers récoltés : Silver Award Winner (Atlanta, 2015), Meilleur Court Métrage de Science-Fiction (Berlin, 2014), Meilleur Montage (Memphis, 2015) et trois prix d’Excellence dans la catégorie Meilleure Réalisatrice (San Diego, 2014/2015)

Lapsus – Karim Ouaret, 2013

Le nombre de récompenses et de sélections officielles suffisent à remplir un annuaire France Télécom. C’est simple, « Lapsus » est à ce jour le court-métrage français le plus récompensé. Affiche incroyable conçue par le célèbre Diez Dedos avec rappel du hublot de machine à laver et étiquette sur le revers. Texture délavée, hémoglobine, talon pointus et tatouages à la Amy Winehouse. Lapsus c’est le navire amiral des courts français qui bombarde tout sur son passage. Ce thriller-fiction qui fleure bon l’Ariel liquide et la tragédie grecque nous bouscule violemment avec un acteur au charisme monolithique et une femme fatale à croquer. Lavage à 90° obligatoire.

French touch : Polanski lave ses caleçons avec Tarantino mais c’est Karim Ouaret qui pince à linge.

Festivals : environ une centaine. Un valeureux webmaster les a intégrés sur le site officiel.

Lauriers récoltés : un vrai bouquet garni, plus d’une soixantaine au total visibles sur son site grâce au webmaster qui mérite une augmentation.

ON/OFF – Thierry Lorenzi, 2013

Comme quoi on peut être diplômé en Réseaux et Communication et faire du cinéma. Plus proche de la section audiovisuelle que des protocoles TCP/IP, Thierry s’évade avec son spectateur dans un voyage humano-spatio-existentiel appuyé par des effets spéciaux Rodéo FX et une sublime affiche minimaliste Jean-Philippe Saintherand. On se laisse bercer comme un bébé par la dextérité du réalisateur en plein questionnement identitaire. On aimerait bien la même chose en plus long la prochaine fois.

French touch : Stanley Kubrick, Alfonso Cuarón et Daren Aronofsky sont dans une navette spatiale. Les trois se perdent dans l’espace et le seul qui reste c’est Thierry Lorenzi.

Festivals : en trois ans il tourne sur plus de 90 festivals ! Un webmaster courageux a publié la liste ici: festivals ON/OFF

Lauriers récoltés : Best Narrative (15 short Film Festival, 2015), Best Cinematography (Love Your Shorts, 2015), Dramatic Fiction Honorable Mention (Taos Shortz, 2015), Best Short (Milwaukee Short Film Festival, 2014), Best Short (The Golden Blasters, 2014), Best Short (Roswell, FilmFest and Cosmicon, 2014), Best Short (California International Short Fests, 2014), Best Short (Route 66, 2014), Audience Best Short Drama (V.O.B, 2014), Best Screenplay (Unreal FilmFest, 2014), Best Editing (HollyShorts, 2014), Best Pre-Production and Best VFX (Canberra Short, 2014), Best VFX (Maverick Movie Awards, 2014), Best VFX (Bloody Week-End d’Audincourt, 2014)

A tout prix – Yann Danh, 2012

Noir intense, rythme soutenu, caméra virtuose, gros succès critique et public. Le réalisateur serait-il précoce? Yann a tellement bouffé de pellicule quand il était petit qu’il la digère sans complexe à l’âge adulte. Sur fond de misère sociale ses employés/kidnappeurs se retrouvent face à leur patron mais surtout face à eux-mêmes. Affiche fantastique de Nelson Dos Santos. 15mn de pression montée comme des blancs en neige. Belle présence de Marc Duret en patron MEDEF. Cadrage sur la corde raide. On reste cloîtré avec les personnages dans leurs doutes et les pistes finissent par se brouiller… à tel point qu’Anthony E. Zuiker, créateur de la série Les Experts, l’achète et le distribue aux States. Eh ouais.

French touch : Reservoir Dogs, Fincher et Leone sont en embuscade. La scène du repas de Massacre à la tronçonneuse n’est pas loin. Sauf qu’on n’est pas au Texas mais à Paris. Paris Texas donc ?

Festivals : Figari Film Fest (Italie), RazoReel Fantastic Film Festival (Belgique), Paris Court Devant (France), Fest’Festival International du court-métrage (France), Innkannte (Allemagne), Pentedatillo Film Festival (Italie), Festival International du Film Policier de Liège (Belgique), Festival du Polar de Cognac (France), The International Short Film Festival Corti and Cigarettes (Italie), FestShort Berlin (Allemagne), Festival de Hyères les Palmiers (France), Ozu Film Festival (Italie), Effets Stars (France), G.E.N.R.E. III (France), Short Movies Underground Festival – SMUF (France)

Lauriers récoltés : Prix de la technique (Puteaux, 2013), Prix du Meilleur Thriller (Pentedatillo, 2013), Prix du Public (Liège, 2013), Prix Coup de Cœur du Jury (St Ouen, 2012)

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